On connaît la place prise par la prospective dans les territoires. Son entrée dans les classes de collèges et lycées pourrait nous obliger à reconsidérer son intérêt. Comme pédagogie pour former les élèves en géographie et les futurs citoyens. Comme processus d’apprentissage aussi dans les villes et territoires.

En un demi-siècle, la prospective territoriale et urbaine a su gagner ses galons : d’abord prérogative de l’Etat développée et mise en oeuvre par la DATAR, elle est devenue une ingénierie plébiscitée par les collectivités locales et les acteurs territoriaux à la faveur de la décentralisation. Jusqu’à la fin des années 2000, le modèle issu de la méthode des scénarios a irrigué la plupart des démarches. Depuis on assiste à une profusion d’initiatives originales qui trahissent une hybridation de la prospective avec les méthodes créatives, le design de politiques publiques, les dispositifs de participation et de débat public.

Cette émancipation de la prospective territoriale et urbaine pourrait connaître une nouvelle étape. En entrant dans les classes de collèges et de lycées, l’indiscipline s’offre un nouveau champ d’application qui pourrait la faire évoluer de manière comparable à ce que le passage de l’Etat et de ses experts au territoires et ses acteurs multiples a occasionné. En classe, la prospective territoriale et urbaine revoit ses méthodes et outils. On ne se transforme pas en pédagogie par le simple fait de pénétrer dans l’enceinte scolaire. Forts de cet objectif éducatif, les protocoles se diversifient, s’enrichissent de nouvelles formes d’animation, d’activités plus ludiques. La prospective reste un processus de réagencement, mais libéré de la contrainte d’atterrissage politique. Ce sont les savoirs, les représentations, le collectif, le rapport aux territoires qui sont réagencés plutôt que la réalité sociospatiale dans sa totalité.

Les résultats obtenus en trois ans d’expérimentation dans l’académie de Lille avec une centaine de classes soulignent combien l’approche adaptée au champ pédagogique est efficace : elle transforme le rapport des élèves à l’enseignement de la géographie, aux savoirs, à la classe et évidemment aux territoires. On ne doute plus qu’elle puisse concourir à former des citoyens responsables et des habitants plus investis. Certains élus venus faire une visite polie en classe se souviennent du dialogue et de la qualité d’argumentation auxquelles ils ont du faire face avec des élèves devenus par la force de la prospective acteurs territoriaux éclairés. L’entrée en classe de la prospective pourrait d’ailleurs, au-delà de l’anecdote, ne pas être sans conséquence sur les territoires : par l’ invitation à considérer la prospective territoriale et urbaine comme un véritable processus d’apprentissage collectif et coopératif s’ouvre un champ de progrès considérable.

 

A partir d’un article publié en intégralité sur Géoconfluence : Prospective : de l’ingénierie territoriale et urbaine à la pédagogie scolaire.