#Intimité 1

Tokyo est une figure emblématique des métropoles mondiales. On y arrive avec un sentiment ambivalent de déjà-vu et de surprise. On la connaît par ses images largement diffusées. En l’arpentant, on ne peut se défaire d’un sentiment de désorientation qui, paradoxalement, demeure même quand on commence à s’y repérer. Ce n’est pas l’écrasement bruyant de New York ni la splendeur vieillotte de Paris.

C’est comme une intimité dont on devine la présence mais que l’on ne parvient pas à saisir parce toujours à l’arrière-scène. Tokyo est une ville tournée vers ses plis intérieurs. L’étranger, le touriste percevront au mieux ce décalage spatial qui les condamne, à moins de persévérance et d’un véritable travail de traduction, à n’être que des spectateurs et figurants parmi d’autres. Des figurants dont la vraie vie ne semble pleinement se jouer que derrière le décor du paysage urbain.

C’est dans les interstices du tissu urbain que le Tokyo intime se dévoile. Les anonymes de la foule se dévoilent, libérant un peu d’eux-mêmes, comme dans un relâchement, une expiration. Regard perdu vers le ciel, expression passive de l’attente, marques d’appétit, discussions alcoolisées d’Isakaya, surveillance furtive, gestes du quotidien sont des manifestations personnelles qui redonnent à la ville la chaire dont elle semblait dépourvue.