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Entretien Michel Lussault : l’urbain anthropocène

Posted by SC in Entretiens on juillet 19, 2018

« Qu’est-ce que agir, quels sont les modes de faire, quels sont les modes d’action à inven-ter dans l’urbain anthropocène ? » Ce sont des questions auxquelles nous nous pourrons répondre qu’avec les acteurs territoriaux, des professionnels jusqu’aux quidams si je puis dire. « Qu’est-ce que agir ? » ne relève plus dans l’anthropocène de la seule professionnalité mais fondamentalement du politique.

Michel Lussault souligne combien les mutations anthropocènes et urbaines nous obligent à articuler différemment savoir et action dans cet entretien réalisé pour la revue Horizons publics en mai 2018. Extrait.

Vous avez travaillé sur l’urbanisation du monde. Vous vous intéressez maintenant à l’anthropocène, cette ère géologique qui succède à l’holocène et à partir de laquelle l’influence de l’homme marque le système Terre dans son ensemble. En quoi ces deux problématiques vous semblent-elles incontournables aujourd’hui pour les territoires français?

L’urbanisation a transformé radicalement la société française en même temps que le monde. C’est un changement qui a la particularité d’être local et global. L’entrée dans l’anthropocène est également un changement global. Ces deux changements ont des conséquences simultanées sur toutes les sociétés et à toutes les échelles.Mon souci est de penser l’entrecroisement de ces deux changements globaux : comment s’alimentent-ils l’un l’autre ? quels effets ont-ils sur les individus, sur les territoires, en fait sur le monde et toutes les échelles intermédiaires ? Il n’y a pas de plus grande urgence que de penser ces grands changements pour comprendre ce qu’ils produisent aux plans économique, politique, culturel, environnemental, social, paysager, architectural, urbanistique, etc. D’ailleurs, plus que de changement, il faut parler de véritables mutations, qui non seulement imposent de reconsidérer les manières classiques de penser les réalités sociales et territoriales, mais aussi les façons d’agir, d’habiter les espaces et d’envisager notre futur.

Dans quelle mesure vos travaux vont-ils ou doivent-ils intéresser les acteurs territoriaux ?

Quand nous observons une situation d’interaction sociale, nous considérons que les acteurs concernés sont également experts de celle-ci, que leur savoir d’usage est aussi important que notre savoir académique. Leur faire une place dans l’activité de recherche relève de la nécessité. La science d’aujourd’hui doit se différencier de la science d’hier, en portant aussi la même considération aux réalités humaines et non humaines que nous observons, dans le sens de certaines anthropologies inspirées de la sociologie des sciences de Bruno Latour. La réalité est composée d’une grande variété de modes d’existence qui oblige à sortir de notre posture anthropocentrique. Comment écouter les voix de l’ensemble des opérateurs d’une situation données et évitant que celle du chercheur autorisé ne couvre les autres ? Notre projet de recherche échouera si nous ne parvenons pas à embarquer le plus grand nombre de protagonistes pour produire des savoirs différents, dans toute leur richesse et leur pluralité, des savoirs qui changeront radicalement l’intelligibilité des réalités sociales. Mais nous échouons également si nous ne répondons pas aux questions « qu’est-ce que agir, quels sont les modes de faire, quels sont les modes d’action à inventer dans l’urbain anthropocène ? » Ce sont des questions auxquelles nous nous pourrons répondre qu’avec les acteurs territoriaux, des professionnels jusqu’aux quidams si je puis dire. « Qu’est-ce que agir ? » ne relève plus dans l’anthropocène de la seule professionnalité mais fondamentalement du politique. Cela débouche sur une double interrogation : comment un individu à travers ses actions contribue-t-il à rendre intelligible la réalité du monde urbain anthropocène ? Comment un même individu à travers ses actions contribue à faire en sorte que les sociétés humaines soient capables d’affronter les défis de l’urbain anthropocène ? En fait l’anthropocène change les régimes de savoir et d’action et oblige à réinterpréter les liens entre savoir et action.

Pour accéder à l’intégralité de l’entretien de Michel Lussault sur HorizonsPublics.fr