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Prospective et participation : ouverture ou faux semblant?

Posted by SC in Publications on août 21, 2018

Prospective et participation font de plus en plus cause commune dans les territoires. Leur hybridation est révélatrice d’une crise de l’expertise légitime en même temps que de son dépassement. Extrait.

La prospective peut s’enrichir de la participation et réciproquement, mais réussir cette convergence ne va pas de soi… N’oublions pas que le point de départ est que la prospective, comme la participation, est en crise ! Ce rapprochement doit donc être l’occasion d’un double dépassement : il ne s’agit pas d’importer les défauts de l’une pour moderniser artificiellement l’autre mais de refonder des pratiques de façon conjointe. C’est un nouveau type de démarches et de standards qu’il faut déployer.

La prospective et la participation se trouvent ainsi confrontées à des questions convergentes. Concernant la prospective, il s’agit d’ouvrir le champ des contributions à d’autres publics pour que l’ensemble des acteurs concernés par les enjeux engageant l’avenir d’un territoire ou d’une société puisse s’en saisir, fasse valoir leur expertise a minima politique du sujet et partage une vision commune des actions à entreprendre…

Concernant la participation il s’agit de rouvrir largement les démarches, à la fois du point de vue des sujets et des publics. Ne pas s’enfermer dans des débats mobilisant uniquement ceux qu’ils intéressant a priori supposent de trouver, pour chaque sujet spécifique, des terrains où l’intérêt général est explicitement en débat. Les experts ne peuvent plus avoir la main sur la définition des mots, des objets, des sujets… si ce sont les valeurs qui comptent, c’est aux experts de faire l’effort de traduction pour permettre des discussions qui associent tout le monde, intègrent les différents registres d’expertise et permettent à chacun d’apporter sa pierre « au bon moment » sans sombrer dans un maelstrom insensé.

La participation gagnerait ainsi à s’inspirer du processus prospectif : ce dernier passe par des moments de compréhension partagée de la situation, des moments de distanciation vis-à-vis des représentations ordinaires et de l’emprise du présent, des temps de reformulation et de priorisation des enjeux engageant l’avenir, des phases de réagencement des savoirs, des imaginaires, du jeu d’acteur, du cadre d’action, etc. Bien menée la prospective est un véritable travail d’enquête où l’on produit de la connaissance partagée, du capital social, de la confiance et de la capacité de débat et d’action collective.

La prospective peut, de son côté, tirer de la participation un mode d’écoute, de confrontation des savoirs, d’ouverture à une plus grande diversité de systèmes de pensée et de représentation du monde. Produire de la connaissance et une vision commune dans l’entre soi des experts et des acteurs territoriaux légitimes est une chose ; parvenir au même résultat en intégrant une plus grande diversité de points de vue, d’intérêts, de situations sociales et culturelles relève d’une autre gageure.

Cela oblige l’expertise à un retour réflexif sur elle-même, à une interrogation critique des valeurs implicites sur lesquelles ses savoirs, ses hypothèses ou ses raisonnements sont assis alors même que l’on vit dans un monde où ce sont précisément ces socles qui sont mis en discussion.

 

Stéphane Cordobes et Frédéric Gilli

Article publié en intégralité dans le numéro 4 de la revue Horizons publics, juillet 2018.